Les origines de la nationalité française

Extrait de Les Origines de la Nationalité Française : Essai sur les Celtes, les Kymris, les Gaulois, les Romains, les Francs et les Ibères, par le Comte Gaston-Eugène de Lafont.


LES CELTES EN FRANCE

Lorsqu’ils pénétrèrent en Gaule, les Celtes refoulèrent les Ibères dans la région comprise entre l’Adour, les Pyrénées et la Garonne supérieure, et les Ligures sur le littoral Méditerranéen et dans certaines vallées des Alpes. Voici le tableau des populations de race celtique, ou, tout au moins, chez lesquelles l’élément celtique prédomine, tel qu’il a été dressé par Lagneau :

« Les Arvernes (Clermont-Ferrand) ; les Rutènes (Rodez), ceux-ci fortement mélangés de Kymris et de Slaves ; les Nitiobriges (Agen) ; les Petrocores (Périgueux) ; les Lemovices (Limoges) ; les Santons (Saintes) ; les Pictons (Poitiers) ; les Agesinates et les Cambolactri dans les marais du Poitou ; les Bituriges Cubes (Bourges) et les Bituriges Vivisques (Bordeaux) ; les Turones (Tours), les Andegaves (Angers) ; les Namnetes (Nantes). Au nord de la Loire, les Vénètes (Vannes), ceux-ci cependant d’origine Kymrique ; les Rédons (Rennes) ; les Unelles, les Baïocasses (Bayeux) ; les Viducasses, les Lexoviens, (Lisieux) ; les Osismiens en Basse-Bretagne, les Aulerques éburovices, cénomans, et diablintes d’Évreux, du Mans et de Laval ; les Carnutes de Chartres et d’Orléans. Au nord de la Seine, les peuples suivants étaient fortement mélangés de sang Kymrique. C’étaient les Calètes du pays de Caux, les Véliocasses, les Meldes, (Meaux) ; les Parisii (Paris) ; les Senons (Sens) ; les Lingons (Langres) ; les Éduens, (Autun et une partie du Morvan). Au sud-est, les Séquanes et les Aulerques branovices vers la Saône ; les Rauraques dans le Jura ; les Helvètes en Suisse ; enfin vers le cours du Rhône, les Ambrons ou Ombres, les Ambarres, les Nantuates, les Allobroges (Vienne) ; les Ségusiens, les Médules. » (1)

Il est à remarquer que beaucoup de ces peuplades, malgré le caractère de brachycéphalie du Celte, ont les teintes claires de la chevelure et les yeux bleus du Kymri. De plus, cette distribution géographique des tribus celtiques de la Gaule date de la conquête romaine ; et à cette époque, les invasions Kymriques avaient profondément modifié la répartition territoriale des Celtes.

Note : (1) Lagneau. Celtes. Dict. encyclop. des sciences méd. IV, p. 5.

En effet, dans chaque invasion, la population envahie se réfugie sur les hauteurs, cédant les vallées et les plaines à l’envahisseur ; à l’arrivée des Celtes, les Ibères, premiers possesseurs du sol, ainsi que les Ligures, avaient été refoulés dans les Pyrénées et dans certaines régions alpines. Lors des invasions kymriques, ce fut au tour des Celtes d’abandonner les plaines de la Gaule, ainsi que les vallées les plus abordables du plateau Central et des Alpes, et de se réfugier dans les hautes terres. Aussi, M. R. Collignon, dans ses recherches sur l’indice céphalométrique, a prouvé que toute la partie de la France, dont l’altitude dépasse 200 mètres, est habitée par la race Celtique brachycéphale. (1)

Note : (1) Collignon : Indice céphalique des populations françaises. L’Anthropologie, T. I, p. 204, 213.

Actuellement, l’on peut distinguer en France trois groupes celtiques principaux : le groupe breton, le groupe auvergnat et le groupe lorrain. Le groupe le plus pur est celui du plateau Central, constitué par les départements de la Corrèze et du Cantal, de la Lozère, de l’Ardèche, du Lot, de la Haute-Loire, de l’Aveyron et du Puy-de-Dôme. Néanmoins, à côté de la race brachycéphale brune et de petite taille, l’on trouve dans ces départements, des types d’une race dolichocéphale de haute taille, par conséquent Kymrique. Vers le Sud-Ouest, dans le Lot-et-Garonne et le Gers, les Celtes se trouvent encore fréquemment ; dans les Landes et dans le Gers, les Ibères dolichocéphales sont encore très nombreux. En Languedoc et en Provence, l’élément Celte est encore important, bien que très atténué par l’influence des Volsques Kymriques et des Grecs. De même, en Savoie, où les éléments Kymriques ont élevé la taille, et donné une teinte plus claire aux yeux et à la chevelure. En Touraine, en Poitou et dans le Berry la brachycéphalie diminue, la taille s’élève, et les cheveux, ainsi que les yeux, prennent une teinte plus claire. Les départements de l’Indre-et-Loire, de la Vienne et de l’Indre donnent une population d’un type blond ou roux, et de taille élevée.

Indépendamment de l’influence Kymrique, il y a lieu de tenir compte, pour ces populations, des invasions des Alains, des Normands et des Anglais. En plus de ce type, on rencontre encore fréquemment dans la Haute-Vienne, la Dordogne et la Charente, l’ancien type dolichocéphale quaternaire et néolithique, c’est-à-dire les Ibères ; de même, dans le Midi du département de la Vienne et des Deux-Sèvres.

En Vendée et en Bretagne, le type celtique domine, mais seulement sur les plateaux et dans les montagnes, car le long des côtes, l’élément Kymrique, c’est-à-dire germanique, l’emporte. Dans le Morbihan, le croisement a donné naissance à un type mésaticéphale à cheveux clairs et de taille moyenne. Dans l’Ille-et-Vilaine, la Mayenne et la Sarthe, le type celtique est plus pur. Par contre, les Vénètes du pays de Vannes sont des Kymris. Dans l’Eure-et-Loir, le Loiret, le Loir-et-Cher, l’élément Kymrique prédomine.

En Normandie, sauf dans la Manche et l’Orne, on trouve très peu de Celtes ; l’élément Normand et Kymrique est en majorité, dans le Calvados, l’Oise et l’Eure ; le crâne est mésaticéphale à prédominance frontale, et les cheveux blonds, ainsi que les yeux clairs, sont en majorité. D’après Topinard, la Manche est le département de France où le type est le plus blond. (1)

Note : (1) Topinard, Revue d’anthrop. 1889, p. 521.

Quant à la population parisienne, le mélange incessant de tous les éléments qui s’y rencontrent, a modifié profondément le type des anciens Parisii.

Enfin, le troisième groupe celtique comprend : la Lorraine et la Franche-Comté, et un peu la Bourgogne et le Dauphiné (1). Bien que l’élément Kymrique soit très important dans ces provinces, Collignon a démontré, qu’à côté des crânes dolichocéphales germains, il existe assez abondamment des crânes brachycéphales Celtes. Il a noté la ressemblance frappante entre le type lorrain brachycéphale, et le type bavarois, également brachycéphale (2). Un fait curieux, c’est que dans les départements de la Haute-Saône, du Jura, du Doubs, de Saône-et-Loire, bien que le crâne soit d’une brachycéphalie très prononcée, les hommes sont blonds et fournissent les plus hautes tailles de France. Les éléments Kymrique et Celtique ont donc produit un croisement fixe. Le même fait se reproduit en pays Wallon, tandis qu’en Flandre, le type kymrique reprend sa supériorité (3).

Note : (1) Laumonier. Op. cit. p. 196-202.

Note : (2) Collignon. Op. cit. p. 213.

Note : (3) Laumonier. Op. cit. p. 214.

J’ai déjà parlé des grands dolichocéphales blonds nordiques, qui ont envahi la Gaule et imposé aux Celtes leur domination, en se réservant le pouvoir politique et religieux. Ces Kymris sont les Germains primitifs. Leur première invasion en Gaule, date du XVIe siècle avant notre ère ; ils ne firent que traverser la Gaule, pénétrèrent en Espagne, passèrent en Afrique, où ils se répandirent dans le Maroc, l’Algérie et la Tunisie. Ce sont les ancêtres des peuples blonds du nord de l’Afrique : Kabyles et Berbères-Touaregs, les antiques Tamahous des inscriptions égyptiennes.

Les deux invasions suivantes eurent lieu, d’après Broca et A. Thierry, la première, au VIIe siècle, sous la conduite de Hû le Puissant, dans le bassin de la Seine, la Basse-Loire et la Gaule occidentale, jusqu’au confluent de la Garonne ; la seconde, au IVe siècle av. J.-C. époque à laquelle les Volsques, Bolgs ou Belges pénétrèrent jusqu’à Toulouse et Narbonne (1). Pendant ce temps, tout le territoire, compris entre le Rhin et la Seine, était définitivement conquis par les Kymris, qui imposèrent au pays les institutions sociales que César y trouva.

Note : (1) Revue d’Anthropol. t. II, p. 592-595 ; t. IX, p. 444-445.

Enfin, c’est au second siècle avant notre ère, que se produisit la grande invasion des Cimbres et des Teutons, que Marius arrêta à Aix et à Verceil. Tous les Kymris, Belges, Cimbres ou Kimmériens, Teutons et Galates ou Gaulois étaient dolichocéphales (2).

Note : (2) Revue d’Anthropol. t. IX, p. 448.


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