Pierre-Joseph Proudhon, La Pornocratie (1875)

« Tandis que l’homme s’avilit en se plongeant dans les délices de Capoue, on voit la femme s’émanciper; prendre, comme dit la Bible, le vêtement de l’homme, affecter les formes, le langage, les allures de la virilité, et aspirer à en exercer les fonctions.
Partout et dans tous les temps, on rencontre de ces créatures excentriques, ridicules dans leur sexe, et insupportables au nôtre : elles sont de plusieurs espèces. Chez les unes, ce chic masculin est l’effet du tempérament et d’une grande vigueur corporelle : on les appelle des virago. Ce sont les moins à craindre ; elles ne font pas de prosélytes, et il suffit de la critique des autres femmes pour les ramener à l’ordre. Chez d’autres, la tendance à l’émancipation procède, ou d’un travers d’esprit, ou de la profession qu’elles exercent, ou bien enfin du libertinage. Celles-ci sont les pires : il n’y a pas de forfait auquel l’émancipation ne les puisse mener. À certaines époques, l’esprit de secte s’en mêle; la défaillance des moeurs publiques vient compliquer le mal : la lâcheté des hommes se fait l’auxiliaire de l’audace des femmes ; et nous voyons apparaître ces théories d’affranchissement et de promiscuité, dont le dernier mot est la pornocratie. Alors c’est fini de la société. (…)
Voilà donc ce que le commerce des hommes, soit le libre amour, fait d’une femme : il la dévaste, la dénature, la travestit et en fait une apparence, hideuse à voir, de mâle. Or, je vous en préviens, toute fréquentation exagérée des hommes, alors même qu’elle se borne à de simples conversations de salons, d’académies, de comptoirs, etc., est mauvaise pour la femme, qu’elle déflore, et insensiblement corrompt. Je dis plus, il est impossible qu’une femme, sans fréquenter plus qu’il ne convient des hommes, s’occupe habituellement de choses qui ne sont pas de son sexe, sans que sa grâce naturelle en souffre, et, selon le cas, sans que son imagination s’allume, que ses sens s’enflamment et que la porte du péché ne s’ouvre toute large devant elle. (…)
L’esprit fort femelle, cette poule qui chante le coq, comme disent les paysans, est intraitable. Le détraquement de l’esprit et du coeur, chez elles, est général. (…)
Par cela même qu’une femme, sous prétexte de religion, de philosophie, d’art ou d’amour, s’émancipe dans son coeur, sort de son sexe, veut s’égaler à l’homme et jouir de ses prérogatives, il arrive qu’au lieu de produire une oeuvre philosophique, un poème, un chef-d’oeuvre d’art, seule manière de justifier son ambition, elle est dominée par une pensée fixe qui de ce moment ne la quitte plus, lui tient lieu de génie et d’idée; c’est qu’en toute chose, raison, force, talent, la femme vaut l’homme, et que, si elle ne tient pas la même place dans la famille et la société, il y a violence et iniquité à son égard. »

« De ce que l’homme et la femme, représentant en prédominance, l’un la force, l’autre la beauté, sont, au for intérieur, équivalents, vous les proclamez égaux au for extérieur, et vous revendiquez en conséquence pour la femme similitude de fonctions, de travaux, d’industries, d’attributions. – C’est une confusion évidente : mais c’est logique, et de plus nécessaire. La famille étant niée, l’homme découronné, la femme ravalée au niveau de la concubine, le mariage réduit à l’amour, l’éducation des enfants un mandat de l’autorité publique, la vie privée, par conséquent réduite a rien, il faut bien que la femme devienne fonctionnaire public, à peine de n’être plus rien. Alors, en dépit de la nature et du bon sens, vous êtes forcée de chercher à la femme des attributions en dehors de son sexe; de lui créer de plus gros muscles, un plus large cerveau, des nerfs plus forts; vous la rendez homme, vous la dénaturez, l’enlaidissez, en un mot vous l’émancipez ; je vous répète que c’est logique; la confusion jusqu’au bout. (…)
On dit : plus les femmes ont obtenu de liberté et de respect, plus la société a été développée. C’est l’inverse qui est le vrai : plus une race d’hommes offre d’intelligence, de capacité, de poésie, plus elle a témoigné de respect pour le sexe et moins elle lui a donné de liberté. Exemples : races germanique, grecque et latine. (…)
Vous nous déplaisez ainsi ; nous vous trouvons laides, bêtes et venimeuses : qu’avez-vous à répliquer à cela? À qui vous souciez-vous de plaire? Au bouc des sorcières, à Belphégor, à vos Kings-Charles ?… Faites-donc; et quand la pudeur sera revenue aux mâles, ils vous noieront avec vos amants dans une mare. À cela répliquez-vous que nous vous déplaisons aussi ? Soit : alors c’est la guerre. Question de force. »

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