Dr Paul Julius Möbius, 1900, extrait de la préface à la 2e édition
Paul Julius Möbius (1853-1907) était un neurologue allemand né et mort à Leipzig. Petit-fils du mathématicien August Ferdinand Möbius, il étudia d’abord la philosophie et la théologie avant d’obtenir son doctorat en médecine en 1876. Après son service militaire, il s’installa comme médecin privé à Leipzig et devint l’assistant du neurologue Adolf Strümpell. En 1883, il fut habilité en neurologie. Il est connu pour ses travaux sur les maladies mentales, notamment la distinction entre troubles nerveux exogènes et endogènes, et sur l’hystérie, ainsi que pour ses analyses psychopathologiques de Goethe, Rousseau, Schopenhauer et Nietzsche. On lui doit la description du syndrome de Möbius et le signe de Möbius dans la maladie de Basedow. Il est souvent considéré comme l’un des cliniciens neurologues les plus importants de son temps dans le monde germanophone, réputé pour sa finesse d’observation, sa sémiologie et son esprit critique.
Naturellement, mon ouvrage a suscité des appréciations extrêmement diverses.
Nombreux sont ceux qui m’ont exprimé leur approbation, de vive voix ou par écrit ; mais l’afficher publiquement, à ma connaissance du moins, aucun n’a encore trouvé le courage de le faire.
J’ai également reçu, à ma grande satisfaction, des témoignages favorables de la part de femmes.
Ainsi, une dame m’a confié qu’elle se sentait libérée d’un lourd fardeau, parce qu’elle n’avait jamais réussi, durant toute son existence, à concilier la doctrine de l’égalité entre l’homme et la femme avec ce que lui dictait son intuition personnelle.
Les reproches furent cependant beaucoup plus nombreux que les compliments ; les manifestations de désapprobation couvrirent tous les degrés possibles, depuis le sourire indulgent accompagné d’un léger hochement de tête jusqu’à l’indignation la plus véhémente.
Certains de mes contradicteurs ont voulu voir dans mon livre une attaque dirigée contre le sexe féminin et m’ont qualifié de misogyne.
Une telle interprétation est véritablement absurde.
Car, en réalité, je défends la cause des femmes contre ceux qui lui nuisent ; je combats l’intellectualisme desséché ainsi que ce libéralisme égaré qui débouche sur une lugubre mascarade d’égalitarisme.
Les véritables ennemis des femmes sont ces « féministes » qui aspirent à abolir la distinction entre les sexes.
En les combattant, je ne combats nullement les femmes elles-mêmes ; si celles-ci succombent aux séductions de la « femme nouvelle » et s’y enthousiasment naïvement, c’est précisément parce qu’elles ne possèdent ni la prudence ni le discernement nécessaires pour mesurer les conséquences de leurs actes. D’ailleurs, elles ne pourraient rien accomplir dans ce domaine si des hommes ne se tenaient pas derrière elles pour leur souffler ces idées.
Je ne m’attarderai pas à démontrer une fois de plus que le cerveau féminin possède moins de capacités que le cerveau masculin ; ces démonstrations ont été faites bien assez souvent, et le fait est suffisamment évident pour quiconque n’est pas prisonnier de préjugés. En revanche, je tiens à souligner que cette infériorité intellectuelle de la femme est à la fois utile et nécessaire.
D’autres auteurs ont mis en lumière, avec davantage d’insistance que moi, les insuffisances intellectuelles et morales du sexe féminin ; mais ils considèrent généralement qu’elles résultent des usages sociaux et qu’une éducation appropriée pourrait les corriger. (…)


Les maux sociaux ressemblent aux maladies : ils se développent avec la culture, et nous ne pouvons que leur opposer la résistance dont nous sommes capables.
La vocation naturelle de la femme est la maternité, et tout ce qui l’en détourne doit être considéré comme mauvais et contre nature.
Le principal obstacle est la pauvreté, qui retarde ou empêche le mariage et contraint la femme à assurer elle-même sa subsistance.
Le désir de venir en aide aux jeunes filles et aux femmes mariées que la misère place dans une situation difficile, le désir de leur fournir les moyens et les compétences nécessaires à une existence décente, est évidemment légitime ; aucun homme raisonnable ne s’opposera à une telle forme d’« émancipation ».
Il faut toutefois reconnaître qu’une pareille aide demeure un remède provisoire et représente en elle-même un mal.
Les médicaments sont destinés aux malades, non aux personnes en bonne santé.
Le préjudice causé volontairement à la vocation féminine est d’une tout autre nature que celui qui découle de la pauvreté.
Deux procédés principaux ont servi à détourner la femme de sa mission maternelle ; on peut les désigner comme la méthode française et la méthode anglo-américaine.
La seconde consiste, selon moi, en une domination économique exercée par les femmes ; la première repose sur un dressage artificiel du cerveau féminin.
La « dame » est, à mes yeux, une création spécifiquement française.
C’est en France, sous l’Ancien Régime et durant les siècles passés, qu’elle reçut le plus haut degré d’instruction et manifesta avec le plus d’éclat son influence néfaste.
La véritable dame existe pour son propre agrément autant que pour celui des autres.
Tout ce qui est difficile, pénible, impur ou laborieux lui demeure étranger ; semblable à une déesse grecque, elle flotte dans la lumière du soleil, bien au-dessus des brouillards terrestres.
Elle aspire à aimer, à régner et à parler ; les hommes sont faits pour l’aimer, la servir et converser avec elle.
Son royaume est le « salon » — terme auquel l’allemand ne possède pas d’équivalent exact ; peut-être pourrait-on le traduire par « salle de bavardage ».
On sait que le salon constitue une institution caractéristique de la société qui précéda la Grande Révolution, et l’on peut affirmer sans crainte que celle-ci n’aurait peut-être jamais eu lieu sans lui.
Car ce n’est pas tant par ses vices que la société d’avant la Révolution fut perdue, mais par sa faiblesse.
Or la source première de cette faiblesse résidait précisément dans le salon, où le plaisir, tel que l’entendaient les dames, était considéré comme l’unique raison de vivre et où tout se trouvait amolli et féminisé.
Tout devenait jeu, et tout ce qui était sérieux se voyait dégradé.
L’amour lui-même devenait un divertissement, autant que possible exempt de conséquences ; et lorsque celles-ci survenaient malgré tout, il fallait qu’elles troublent le moins possible la recherche du plaisir.
L’art et la science n’étaient eux aussi que des jeux ; leur véritable fonction consistait à alimenter la conversation, et ils atteignaient leur perfection lorsqu’ils correspondaient au goût des dames.
Ces pratiques honteuses ne sont évidemment pas propres à une époque ni à une nation. Elles ont peut-être trouvé avant la Révolution leur expression la plus achevée, mais on les rencontre encore chez nous dans une certaine mesure, ainsi que partout où abondent les richesses et où manquent les objectifs sérieux.
Toute société oisive se corrompt, et l’un des symptômes les plus significatifs de cette corruption est le moment où la dame se substitue à la mère.

