Balzac contre la Démocratie

Extrait de Balzac, Maximes et Pensées et de l’Anthologie critique de la Démocratie moderne


Maximes et Pensée :

« En proclamant l’égalité de tous, on a proclamé la déclaration des droits de l’envie. »

« L’égalité sera peut-être un droit ; mais aucune puissance humaine ne saura le convertir en fait. »

« Depuis 1789, la France essaye de faire croire aux hommes, contre toute évidence, qu’ils sont tous égaux. »

« L’élection, étendue à tout, nous donne le gouvernement par les masses, le seul qui ne soit pas responsable et où la tyrannie est sans bornes, car elle s’appelle loi. »

« La majorité, ce dieu moderne, est un colosse aux pieds d’argile, dont la tête est bien dure, sans être en or, car elle est en alliage. »

« Le principe de l’élection appliqué à tout est faux ; la France en reviendra. »

« Le mal de ce temps est l’insubordination des esprits, le manque de hiérarchie. »

« La presse et la morale de 1830 vont plus loin que le niveau de Robespierre : au lieu d’égaliser, elles ravalent. »

« Le communisme, cette logique vivante et agissante de la démocratie, attaque la société dans l’ordre moral. »

« Religion, monarchie ! Deux vérités nécessaires que les événements contemporains proclament et vers lesquelles tout écrivain de bon sens doit essayer de ramener son pays. »


Anthologie critique de la Démocratie moderne :

Car, après tout, la liberté enfante l’anarchie, l’anarchie conduit au despotisme, et le despotisme ramène à la liberté.

Honoré de Balzac, La Peau de chagrin, 1831

En coupant la tête à Louis XVI, la Révolution a coupé la tête à tous les pères de famille. Il n’y a plus de famille aujourd’hui, il n’y a plus que des individus. En voulant devenir une nation, les Français ont renoncé à être un empire. En proclamant l’égalité des droits à la succession paternelle, ils ont tué l’esprit de famille, ils ont créé le fisc ! Mais ils ont préparé la faiblesse des supériorités et la force aveugle de la masse, l’extinction des arts, le règne de l’intérêt personnel et frayé les chemins à la Conquête. Nous sommes entre deux systèmes : ou constituer l’État par la Famille, ou le constituer par l’intérêt personnel : la démocratie ou l’aristocratie, la discussion ou l’obéissance, le catholicisme ou l’indifférence religieuse, voilà la question en peu de mots. J’appartiens au petit nombre de ceux qui veulent résister à ce qu’on nomme le peuple, dans son intérêt bien compris. Il ne s’agit plus ni de droits féodaux, comme on le dit aux niais, ni de gentilhommerie, il s’agit de l’État, il s’agit de la vie de la France. Tout pays qui ne prend pas sa base dans le pouvoir paternel est sans existence assurée. Là commence l’échelle des responsabilités, et la subordination, qui monte jusqu’au roi. Le roi, c’est nous tous ! Mourir pour le roi, c’est mourir pour soi-même, pour sa famille, qui ne meurt pas plus que ne meurt le royaume.

Honoré de Balzac, Mémoires de deux jeunes mariées, 1841

Balzac :

L’apport essentiel de La Comédie humaine n’est-il pas de nous montrer à quel point, dès 1815, ce qu’on a appelé démocratie ne fut, dans les faits, que la démocratisation de l’arrivisme ?

Du grec « demos », peuple ; doctrine politique d’après laquelle la souveraineté doit appartenir à l’ensemble des citoyens ; organisation politique (république) dans laquelle les citoyens exercent cette souveraineté. Remarque : on ne peut pas être démocrate quand on méprise le peuple, donc ni les écologistes, ni les gauchistes, ni l’intelligentsia, ni Libération, ni Bernard-Henri Lévy ne sont démocrates.

La Grèce antique non plus, où dix mille hoplites régnaient sur cent mille esclaves sans droits.

Notre actuelle démocratie de Marché pas plus, où les organes de presse sont tous aux mains de groupes financiers dans le but de réduire la conscience citoyenne au désir du consommateur. Quant à la démocratie populaire à parti unique, l’histoire a récemment montré qu’elle se transformait fatalement en une oligarchie de fonctionnaires inamovibles, progressivement détournés de leur mission d’intérêt général par la corruption.

À l’exception de quelques moments révolutionnaires magiques dont l’Histoire rêve encore (Valmy, la Commune, l’éphémère République espagnole…), la démocratie n’a jamais existé (…).

La démocratie à laquelle Rousseau a donné son sens authentique (Voltaire n’ayant fait qu’importer la conception anglaise libérale dont découle notre droite actuelle) : une communauté de citoyens-producteurs maintenant un juste équilibre entre liberté d’entreprendre et égalité de situation par la fraternité. Une belle idée qui exige que la République mette tout en œuvre pour élever – et maintenir – le niveau de conscience de l’ensemble de ses citoyens (…), afin que puisse s’exercer en conscience cette souveraineté, et qu’elle ne rechute pas dans les sauvageries, qu’elles soient tribales ou libérales. (…)

Non plus l’élévation globale du niveau pour accomplir la démocratie de tous les citoyens, mais la cooptation de quelques-uns par l’oligarchie afin de lutter plus efficacement contre elle. Au lieu d’une communauté de consciences souveraines et réconciliées, un système de discrimination positive, afin d’optimiser l’exploitation et l’aliénation de la majorité par la promotion des arrivistes de tout poil.
Seule différence avec l’ancienne version anti-démocratique d’avant 1789 ? Le privilège de pouvoir être exploité par un ancien pauvre (dont on connaît la brutalité envers ses ex-congénères une fois devenu nouveau riche).

Voilà sans doute pourquoi Balzac, le critique de gauche le plus lucide de la société française d’après 1815, était paradoxalement royaliste ; préférant, foutu pour foutu, la monarchie d’un prince de Conti à la démocratie selon Bernard Tapie !

Alain Soral, Jusqu’où va-t-on descendre ? Abécédaire de la bêtise ambiante, 2002

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