Edgar Cayce : « La Russie sauvera le monde »

Edgar Cayce (1877–1945) est un clairvoyant et guérisseur américain, souvent surnommé « le prophète dormant ». Il entrait dans un état de transe (sommeil hypnotique) durant lequel il donnait des « lectures » : des diagnostics médicaux, des conseils de guérison, des enseignements spirituels…

On lui attribue plus de 14 000 lectures, touchant à : la santé (médecine alternative), la réincarnation, la spiritualité chrétienne, l’Atlantide et des sujets ésotériques… Il n’avait pas de formation médicale, mais utilisait en transe un vocabulaire technique très précis.

Voici quelques une de ces prophéties, suivies du premier chapitre de livre de Joseph Millard, Edgard Cayce, l’homme de mystère, 1956.




Soudain, elle se trouva dans une pièce ensoleillée donnant sur le lac, une pièce en désordre, toute simple. Derrière la maison, deux petits garçons pêchaient d’une jetée de bois.

Elle chercha désespérément quelque chose qui confirmerait son scepticisme. À sa droite, il y avait un divan avachi poussé contre le mur, un vieux fauteuil, une chaise, un guéridon. Sur la gauche, d’autres chaises et un classeur désuet, une vitrine pleine de coquillages et de pierres, des souvenirs, des éléphants d’ivoire. Le plancher était recouvert d’une natte de jute usée, et au-dessus de la porte, côte à côte, il y avait les portraits d’Abraham Lincoln et de Robert E. Lee. Des photos jaunies, photos de famille visiblement, occupaient une partie des murs. Au-dessus du divan, il y en avait des dizaines, portant des dédicaces à Edgar Cayce, et des remerciements pour ce qu’il avait fait. Partout ailleurs, des tableaux et des gravures, religieux pour la plupart. Elle vit ces preuves d’une vie simple, presque banale, et entendit la voix de Gertrude Cayce.

— « Voici Edgar Cayce, celui qui va vous guérir. »

Il se levait, derrière un vieux bureau encombré de papiers, en repoussant une machine à écrire. La jeune fille regarda cet homme-miracle, celui qu’elle avait traité de charlatan, d’escroc vivant de la crédulité publique.

Il était grand et mince, mais ne ressemblait en rien à un quelconque fakir. Ses cheveux clairsemés étaient châtains, ses oreilles un peu décollées, sa figure ronde, ses lèvres charnues. Il avait l’air d’un bon vivant plutôt que d’un ascète. Les yeux gris-bleu pétillaient derrière les lunettes sans monture. On aurait pu le prendre pour un pasteur, un professeur, un médecin, même un vendeur de magasin, n’importe qui sauf l’individu que la jeune fille avait imaginé.

Il lui prit la main en souriant.

— « J’ai prié pour que je puisse vous guérir, mademoiselle, parce qu’il est évident que votre malheur est grand. Je ne peux rien promettre, bien sûr. Cela échappe à mon contrôle. »

Même sa voix était banale, douce, presque timide. La jeune fille était stupéfaite. Elle avait subitement l’impression qu’il existait dans la vie d’Edgar Cayce une niche qu’elle devait occuper, elle seule. C’était un sentiment d’amitié qu’elle éprouvait, celui d’être pour le moment la personne la plus importante de la vie du guérisseur.

— « Je… je ne sais pas, bredouilla-t-elle. C’est si différent de ce que je croyais. Je ne comprends pas. »

— « Moi non plus. Je sais seulement que je possède un don étrange. Je m’endors, et les mots sortent de ma bouche, des mots que je n’entends pas et que je ne comprends pas ensuite quand je les relis. Tout ce que je sais, c’est que, depuis la première fois que c’est arrivé, en 1910, il y aura trente-sept ans ce mois-ci, des milliers de personnes ont été guéries et pas une seule blessée par mon pouvoir. Aujourd’hui, avant de m’endormir, je vais faire une prière spéciale, pour que ce qui sortira de ma bouche vous guérisse. »

Une jolie femme blonde entra, un bloc de sténographe à la main. C’était Gladys Davis, la secrétaire d’Edgar Cayce depuis 1923. Elle s’assit dans le fauteuil près du divan.

— « Qu’est-ce que je dois faire ? » demanda nerveusement la jeune fille.

— « Rien, ma chère petite, lui dit Gertrude Cayce en souriant. Asseyez-vous, et écoutez. Ce ne serait pas mauvais si vous profitiez de ce moment de méditation pour réfléchir à votre besoin de guérison et à ce que vous pourrez faire pour aider les autres une fois guérie. Très souvent, la lecture commence par ces mots : “ Ce serait mauvais de guérir le corps sans guérir l’âme. ” »

Edgar avait ôté sa veste et défait sa cravate. Il déboutonna son col et ses manchettes et s’assit sur le divan pour enlever ses chaussures. Puis, avec un sourire timide, il s’allongea et plaça les deux mains sur son front, paumes en dehors.

Il sourit à Gertrude, assise près de lui. Quand leurs regards se croisèrent, la jeune fille se dit qu’elle n’avait jamais senti un tel courant d’amour et de compréhension passer entre deux êtres. Gertrude caressa légèrement la joue de son mari. Edgar Cayce, l’énigme, ferma les yeux, baissa les mains et les croisa sur sa poitrine.


Gertrude et Gladys fermèrent aussi les yeux. Après une minute ou deux de silence, Edgar Cayce soupira profondément et le rythme de sa respiration changea. Gladys prit son crayon.

Gertrude se mit à parler à mi-voix, répétant la suggestion hypnotique qui provoquerait la lecture.

— « Nous avons devant nous le corps de R… G…, qui est présente dans cette pièce. Vous allez examiner ce corps avec soin, et me dire l’état dans lequel vous le trouvez en ce moment, ainsi que les traitements destinés à le guérir. Vous parlerez distinctement et lentement, en répondant aux questions que je poserai. »

Pendant quelques instants, on n’entendit que les halètements pénibles de la jeune fille. Puis Edgar Cayce se mit à marmonner, répétant tout bas la suggestion. Soudain, sa voix résonna clairement, avec autorité. La jeune fille et sa mère sursautèrent.

— « Oui, nous avons le corps ici. Nous voyons son état et les causes spécifiques de cet état. Les effets des troubles ont été pris pour les causes. Le corps présente une affection de la circulation pulmonaire qui affecte tout le système. »

La jeune fille était stupéfaite. La voix du dormeur lui disait de quoi elle souffrait, mais, de plus, que sa maladie des poumons était provoquée par quelque chose de profond, d’insoupçonné.

— « Les causes proviennent de pressions existant dans le système cérébro-spinal, et qui, par les parties nerveuses sclérosées de ce système, ont épaissi les tissus provoquant ainsi une pression sur la capsule du poumon. »

La lecture déclara que la sensation d’étouffement était provoquée par une accumulation de toxines dans la circulation pulmonaire, toxines qui devraient être éliminées par des poumons normaux. Puis :

— « Nous trouvons dans le système nerveux les sources ou la cause de ces troubles. Ces pressions se produisent dans le dorsal supérieur, et plus spécifiquement dans le cervical inférieur, provoquant un épaississement des tissus qui s’enflamment et appuient sur la plèvre. »

La jeune fille pouvait voir, de là où elle était assise, une partie de la lettre qu’Edgar Cayce était en train de taper quand elle était arrivée. Une phrase lui sauta aux yeux au milieu d’un embrouillamini de fautes de frappe. Il avait écrit, sans ponctuation : « Je suis plus heureux que je saurais vous dire d’apprendre que vous allez mieux grâce à une de mes lectures je sais que Dieu me guide quand je reçois des lettres comme la vôtre… »

Un homme aussi peu instruit ne pouvait sûrement pas employer ces termes médicaux de la lecture ! À moins que cette ignorance simulée cache des connaissances certaines ? Elle sentait revenir son scepticisme. Mais elle sursauta en entendant les mots suivants :

— « Cette affection a été primitivement causée par l’inhalation d’un corps étranger, de la poussière ou quelque chose d’analogue. Puis avec la pression produite par une blessure ou un traumatisme de l’épine dorsale, les troubles se sont accentués. »

La jeune fille vit sa mère se redresser, bouche bée. Personne, même le plus habile des charlatans, ne pouvait savoir que, quinze ans plus tôt, elle était tombée d’un arbre et s’était blessée dans le dos, exactement dans la région indiquée par la voix autoritaire.

C’était donc ça qui avait affecté ses poumons ! Tout lui paraissait logique, à présent, ainsi que l’autre cause, quand elle avait surveillé le terrain de jeux d’un centre récréatif de la banlieue de New York, et respiré la poussière, la suie et les vapeurs d’essence de cette zone industrielle. C’était ça, le corps étranger logé dans des poumons affaiblis par la chute de l’arbre, qui avait ouvert la porte à sa tuberculose. Ses doutes s’envolèrent, et pour la première fois depuis son arrivée, elle sentit naître en elle un vague espoir.

— « Nous commencerons donc par ceci, disait la voix. Premièrement, préparez un tonneau ou un fût de chêne, calciné à l’intérieur, d’environ cinq litres. Remplissez-le à moitié d’eau-de-vie de pommes ; pas de cidre, d’eau-de-vie de pommes pure. Bouchez-le bien mais tenez-le près de l’endroit où l’évaporation devra se faire. Préparez de manière à ce que les vapeurs puissent être respirées… »

Au seul mot d’eau-de-vie, la mère avait rougi d’indignation. Elle était violemment antialcoolique et le mot seul était un anathème. Comme si l’homme endormi l’avait deviné, il ajouta :

— « Pas l’alcool, mais les vapeurs de l’alcool, aspirées par la bouche et par le larynx dans les bronches et les poumons. Faites ça au moins trois ou quatre fois par jour. »

Les instructions continuèrent, des exercices de la colonne vertébrale, un régime :

— « Ne buvez jamais de lait cru ! Des œufs et du lait cuits, oui. »

La jeune fille poussa une exclamation de surprise.

— « Mais on m’a fait boire des litres de lait de vache cru ! »

De nouveaux conseils suivirent, concis, précis, le nom d’un médecin près de chez elles qui possédait l’appareillage nécessaire, et une nouvelle réconfortante, elle pouvait fumer, mais pas plus de cinq à six cigarettes par jour.

— « Faites tout cela et nous vous guérirons. Nous avons fini pour le moment. »

Gertrude se pencha en avant, murmurant quelques mots, une formule habituelle, suggérant à l’esprit et au corps de se réveiller. Enfin, Edgar Cayce poussa un profond soupir, ouvrit les yeux et se releva en bâillant.

— « Vous avez obtenu quelque chose ? » demanda-t-il.

— « Tout, assura Gertrude en souriant. Tu as dit qu’elle guérirait et tout ce qu’elle devait faire pour ça. »

La figure d’Edgar Cayce s’illumina, ses yeux brillèrent de joie.

— « Ah, comme je suis heureux ! Je ne saurai pas ce que j’ai dit tant que Gladys ne l’aura pas tapé, mais quoi que ce soit, vous devez le faire et vous guérirez. »

— « Je suis abasourdie, avoua la jeune fille. C’est si… si fantastique. Jamais je n’ai entendu parler de cette inhalation de vapeurs d’eau-de-vie. »

— « Moi non plus, lui dit Gertrude, jusqu’à ce que ça me sauve la vie. Je mourais de tuberculose, dans le Kentucky. Les médecins m’avaient abandonnée. Et puis Edgar, au cours d’une hypnose, a été renseigné sur ce tonneau d’eau-de-vie et sur beaucoup d’autres choses. En quelques mois, j’étais complètement guérie. »

— « Je le ferai ! Je ferai tout ce que sa vision a dit, et moi aussi, je serai guérie ! »


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