Extrait tiré de Gilbert Sincyr, Le Paganisme, recours spirituel et identitaire de l’Europe, 2010
Les Dieux européens s’appelaient donc chez les GRECS ET LES LATINS : Zeus et Jupiter, Hadès, Pluton et Hécate, Hermès et Mercure, Héra et Junon, Athéna et Minerve, Arès et Mars, Artémis et Diane, Déméter et Cérès, Dionysos et Bacchus, Apollon et Thémis, Janus et Vesta, et aussi Mars, Poséidon et Neptune, Héphaïstos et Vulcain, Esculape, Aphrodite, Eole etc.
CHEZ LES CELTES: Lug, Cernounnos, Arduinna, Artio, Euffigneix, Matrona et Keridwen, Teutatès, Taranis et Dag- da, Epona, Ogmios, Bélisama et Brigit, Goibniu, Branwen, Bélénos etc.
ET CHEZ LES GERMAINS: Odinn et Wotan, Hel, Aegir, Ran, Surt, Eir, Frey et Njord, Heimdal, Tyr, Sygna, Mimir, Kvasir, Bragi, Balder, Freya, Vidar, Thor et Donnar, Ostara, Skirnir, Gnaa, Loki, Idunn etc.
En réalité, bien que chacun s’intéressât au domaine qu’il préférait parmi son peuple, ils incarnaient des valeurs semblables. Et, nous dit le mythe, en souvenir des ancêtres fondateurs de la civilisation européenne, Apollon fut choisi pour retourner chaque année à Hyperborée, afin de maintenir vivace le souvenir de leur origine commune. Mais un jour, il y a un peu plus de deux mille ans, les Dieux de l’Europe furent inquiets.
Ils savaient de l’autre côté de la méditerranée, existait une religion dictatoriale, qui obligeait les peuples à ne croire qu’en un seul Dieu.
Ce Dieu disait-elle, vous a créé, et peut donc vous détruire. Vous êtes sa chose, et vous devez vous prosterner devant lui. Il se nomme Iahvé, et il est le créateur de l’univers. Avant sa création n’y avait rien, et quand il décidera d’y mettre fin il n’y aura plus rien.
On appelle cela le monothéisme.
Le peuple qui croyait en cette folie habitait Israël, et son premier prophète, et premier fanatique, Abraham, avait été jusqu’à vouloir égorger son fils Isaac, pour prouver qu’il était prêt à obéir à tous les ordres que Iahvé lui donnerait, même celui-ci. Il s’agissait donc d’une vue-du-monde totalement étrangère aux européens, et les sages savaient que c’était l’origine de cette religion qui expliquait son esprit dictatorial.
Étant nés dans le désert, les Hébreux, ou Bédouins, ne se voyaient que comme des grains de sable face à l’immensité du vide. Se sentant écrasés par l’univers, ils en avaient déduits qu’ils étaient comme des fourmis qui seraient sou mises à une volonté invisible et toute puissante. Ce qui n’était évidemment pas le cas des européens qui eux, côtoyant les forêts journellement, savaient que l’homme n’est que l’un des êtres de la nature, que sa vie dépend de son courage, et que le monde ressemble à une grande roue commune à tous, qui tourne sans fin en un éternel recommencement, comme les saisons.
En fait, pour ceux qui croyaient, et qui croient toujours en un seul Dieu, qu’ils le nomment Iahvé, Dieu ou Allah, le monde n’existe que par la volonté de ce Dieu qui l’a créé, et lui est donc soumis. Selon les religions monothéistes, il y a eut un commencement, la création, et il y aura une fin, l’Apocalypse.
On appelle cela une VUE DU MONDE LINÉAIRE.
Dans le Paganisme européen, au contraire, le monde tourne sans fin comme le ferait une grande roue. Quelque chose a toujours existé, et il se renouvelle éternellement, comme l’été succède à l’hiver et ainsi de suite, jamais tout à fait pareil, mais toujours assez semblable.
On appelle cela une VUE DU MONDE CYCLIQUE.
Il n’y avait donc rien de commun entre les Européens et les Hébreux, et pourtant les Dieux de l’Europe venaient d’apprendre qu’une immense catastrophe allait surgir de ce monde sémitique.
Cela faisait quelques mois qu’une rumeur courait : Un juif venait de naître dont le destin serait hors du commun et, alors que ses idées utopiques seraient refusées chez lui, elles apporteraient à Rome un ferment révolutionnaire qui allait recouvrir l’Europe. Et dans les temples il se disait que les présages étaient bien sombres. Aussi les Dieux décidèrent-ils d’interroger l’oracle de Delphes. Et Apollon lui demanda :
Qu’en est-il de cette rumeur concernant un nouveau né juif, dont le destin nous concernerait ?
Et la Pithie parla. Longtemps, ce qui était contraire à son habitude. Et ce qu’elle dit fit frémir les Dieux.
Je vois dit l’oracle, un jeune juif qui vient de naître, et qui s’appelle Joshua. Il sera doué pour la parole et la magie, mais il n’aimera pas le travail manuel de son père et de ses frères. Il quittera sa famille et partira. Il regroupera d’autres jeunes hommes comme lui, et ils se feront nourrir en échange de leurs belles paroles. Joshua consolera ceux qui n’ont rien, en leur disant que le bonheur n’est pas sur terre mais dans le ciel. Il fera croire aux gens qu’il transforme l’eau en vin et qu’il guérit les malades. Et beaucoup de pauvres seront séduits par ses paroles, créant des rassemblements. Alors des soldats se saisiront de lui, et il sera condamné.
Je vois aussi que ses amis se sauveront, et iront se réfugier dans les bas-fonds de Rome. Ils feront comme Joshua, qu’ils appelleront le Christ, et conseilleront à ceux qui possèdent des biens de renoncer à tout, et de les distribuer, ce qui plaira aux pauvres. Ils diront que la fin du monde est proche, que le Christ est monté tout droit au ciel, et que ceux qui l’adoreront verront les portes des cieux s’ouvrir pour eux. Ils sauront attirer les malheureux en leur promettant le bonheur après la mort, les assurant que leurs maîtres seront punis. Ils contesteront la civilisation des ancêtres et pour cela seront pourchassés et condamnés. Mais leur nombre grandira, car Rome en décadence, et assaillie de toutes parts, doutera de son destin. Les chrétiens comprendront alors qu’une grande opportunité s’offre à eux, et ils sauront la saisir. Leur nombre grandira en proportion de celui des pauvres, et leur contestation ne pourra plus être contenue. Enfin les romains décadents, élevés par des esclaves convertis, adhéreront à la secte chrétienne et lui ouvriront les portes du pouvoir. Plus Rome connaîtra de malheurs, plus les pauvres grandiront en nombre, et plus les chrétiens se renforceront.
Soudain la Pithie se mit à trembler, et pleura des larmes de sang.
Maintenant dit-elle, j’entends des cris de douleur.
Je vois les enfants se dresser contre leurs pères. Je vois les païens pourchassés, torturés et brûlés. Je vois les temples démolis. Je vois les Dieux offensés.
Comme une vague insensée emportant tout sur son passage, rien ne pourra arrêter le christianisme. Et les foules apeurées se tourneront vers lui, espérant en une vie éternelle où les derniers sur terre seront les premiers au ciel. Et cette promesse gratuite d’éternité, apparaitra comme rassurante aux peuples égarés.
Enfin des empereurs indignes se laisseront convaincre, et construiront une nouvelle Rome à la nouvelle religion (Constantinople), glorifiant sa victoire.
Alors, par l’épée et le feu, des chrétiens fanatiques ne se contenteront plus de parler et de promettre. Ils lanceront une véritable guerre contre le paganisme, exigeant la destruction des temples, et la persécution des fidèles. L’Europe entière se couvrira de bûchers où, devant le peuple terrorisé, hurleront des hommes transformés en torches. Et les femmes détentrices de l’ancienne sagesse, seront qualifiées de sorcières, recherchées et torturées, pendant que l’Église jouant la compassion, s’enrichira des propriétés convoitées.
Bien sûr, quelques empereurs essayeront d’arrêter les destructions, condamnant les chrétiens diffamateurs aux arènes, mais rien n’y fera. Dans la misère et l’affolement suscités par la désorganisation de l’État, les promesses de bonheur éternel emporteront tout, comme l’eau rompt le barrage. Et le peuple ira en masse dans les églises, demander à genoux le pardon de péchés imaginaires, devant des prélats rayonnants lui accordant leur indulgence.
Heureusement, après une très longue période dans cette nuit de l’esprit, une lueur d’espoir apparaîtra. Se dégageant de cette dictature religieuse, les européens retrouveront des traces de leurs racines. Ils courberont la tête moins facilement. Ils s’agenouilleront avec plus de réticences. Ils ne voudront plus s’accuser de soi-disant péchés. Ils se rendront compte que personne n’étant jamais revenu de la mort, les promesses de l’Église sont illusoires. Ils refuseront cette vérité unique et obligatoire, découvriront que la Terre n’est pas seule dans l’univers, qu’elle n’est pas le centre du monde, et que puisqu’il y a mensonge pour cela, alors il en est certainement de même pour le reste. Les Européens cherchant à comprendre, et pour cela s’opposant au clergé, celui-ci recourra à ses anciens moyens de terreur. Pour ceux qui voudront relever la tête, et que l’on qualifiera d’hérétiques, on rallumera les bûchers, obligeant de nouveau les peuples à rentrer dans le rang des brebis (égarées). Cet immense espoir de libération des esprits s’appellera la Renaissance. Il sera le point de départ de la reconquête qui conduira, presque deux mille ans plus tard, à la Grande Libération que je vois. Mais d’ici là, bien des choses auront changé, et un paganisme nouveau se construira à partir des signes laissés par celui-ci.
C’est pourquoi, en attendant ces temps lointains il faut que vous organisiez la survie de notre identité, avant qu’il ne soit trop tard.
Mettez vous à l’œuvre, mais ayez confiance, car un jour je vous le dit:
Un nouveau paganisme renaîtra.
Les européens retrouveront leur fierté.
Et l’esprit d’Apollon reviendra, et ce sera pour toujours !
Ci-dessous l’entretien de Gilbert Sincyr accordé à Fabrice Dutilleul :
Votre livre Le Paganisme. Recours spirituel et identitaire de l’Europe est un succès. Pourtant ce thème peut paraître quelque peu « décalé » à notre époque.
Gilbert Sincyr : Bien au contraire : si les églises se vident, ce n’est pas parce que l’homme a perdu le sens du sacré, c’est parce que l’Européen se sent mal à l’aise vis-à-vis d’une religion qui ne répond pas à sa sensibilité. L’Européen est un être qui aspire à la liberté et à la responsabilité. Or, lui répéter que son destin dépend du bon vouloir d’un Dieu étranger, que dès sa naissance il est marqué par le péché, et qu’il devra passer sa vie à demander le pardon de ses soi-disant fautes, n’est pas ce que l’on peut appeler être un adulte maître de son destin. Plus les populations sont évoluées, plus on constate leur rejet de l’approche monothéiste avec un Dieu responsable de tout ce qui est bon, mais jamais du mal ou de la souffrance, et devant qui il convient de se prosterner. Maintenant que l’Église n’a plus son pouvoir dominateur sur le peuple, on constate une évolution vers une aspiration à la liberté de l’esprit. C’est un chemin à rebours de la condamnation évangélique, originelle et perpétuelle.
Alors, qu’est-ce que le Paganisme ?
Gilbert Sincyr : C’est d’abord un qualificatif choisi par l’Église pour désigner d’un mot l’ensemble des religions européennes, puisqu’à l’évidence elles reposaient sur des valeurs communes. C’est donc le terme qui englobe l’héritage spirituel et culturel des Indo-européens. Le Paganisme est une Vue du monde basée sur un sens du sacré, qui rejette le fatalisme. Il est fondé sur le sens de l’honneur et de la responsabilité de l’Homme, face aux évènements de la vie. Ce mental de combat s’est élaboré depuis le néolithique au fil de milliers d’années nous donnant une façon de penser, une attitude face au monde. Il est à l’opposé de l’assujettissement traditionnel moyen-oriental devant une force extérieure, la volonté divine, qui contrôle le destin de chacun. Ainsi donc, le Paganisme contient et exprime l’identité que se sont forgés les Européens, du néolithique à la révolution chrétienne.
Vous voulez donc remplacer un Dieu par plusieurs ?
Gilbert Sincyr : Pas du tout. Les temps ne sont plus à l’adoration. Les Hommes ont acquis des connaissances qui les éloignent des peurs ancestrales. Personne n’a encore apporté la preuve incontestable qu’il existe, ou qu’il n’existe pas, une force « spirituelle » universelle. Des hommes à l’intelligence exceptionnelle, continuent à s’affronter sur ce sujet, et je crois que personne ne mettrait sa tête à couper, pour l’un ou l’autre de ces choix. Ce n’est donc pas ainsi que nous posons le problème.
Le Paganisme, qui est l’expression européenne d’une vue unitaire du monde, à l’opposé de la conception dualiste des monothéismes, est la réponse spécifique d’autres peuples aux mêmes questionnements. D’où les différences entre civilisations.
Quand il y a invasion et submersion d’une civilisation par une autre, on appelle cela une colonisation. C’est ce qui s’est passé en Europe, contrainte souvent par la terreur, à changer de religion (souvenons-nous de la chasse aux idoles et aux sorcières, des destructions des temples anciens, des tortures et bûchers, tout cela bien sûr au nom de l’amour). Quand il y a rejet de cette colonisation, dans un but de recherche identitaire, on appelle cela une libération, ou une « Reconquista », comme on l’a dit de l’Espagne lors du reflux des Arabes. Et nous en sommes là, sauf qu’il ne s’agit pas de reflux, mais d’abandon de valeurs étrangères au profit d’un retour de notre identité spirituelle.
Convertis par la force, les Européens se libèrent. « Chassez le naturel et il revient au galop », dit-on, et voilà que notre identité refoulée nous revient à nouveau. Non pas par un retour des anciens Dieux, forme d’expression d’une époque lointaine, mais comme un recours aux valeurs de liberté et de responsabilité qui étaient les nôtres, et que le Paganisme contient et exprime.
Débarrassés des miasmes du monothéisme totalitaire, les Européens retrouvent leur contact privilégié avec la nature. On reparle d’altérité plutôt que d’égalité, d’honneur plutôt que d’humilité, de responsabilité, de volonté, de défi, de diversité, d’identité, enfin de ce qui constitue notre héritage culturel, pourchassé, rejeté et condamné depuis deux mille ans.
S’agit-il alors d’une nouvelle guerre de religion ?
Gilbert Sincyr : Pas du tout, évidemment. Les Européens doivent dépasser ce qui leur a été imposé et qui leur est étranger. Nous devons réunifier sacré et profane, c’est-à-dire réaffirmer que l’homme est un tout, que, de ce fait, il est le maître de son destin car il n’y a pas dichotomie entre corps et esprit. Les Européens ne doivent plus s’agenouiller pour implorer le pardon de fautes définies par une idéologie dictatoriale moyen-orientale. Ce n’est pas vers un retour du passé qu’il nous faut nous tourner, gardons-nous surtout d’une attitude passéiste, elle ne serait que folklore et compromission. Au contraire des religions monothéistes, sclérosées dans leurs livres intouchables, le Paganisme, comme une source jaillissante, doit se trouver de nouveaux chemins, de nouvelles expressions. À l’inverse des religions du livre, bloquées, incapables d’évoluer, dépassées et vieillissantes, le Paganisme est l’expression de la liberté de l’homme européen, dans son environnement naturel qu’il respecte. C’est une source de vie qui jaillit de nouveau en Europe, affirmant notre identité, et notre sens du sacré, pour un avenir de fierté, de liberté et de volonté, dans la modernité.


