Pierre Drieu la Rochelle – Pour sauver la peau des français

Le Flambeau, 27 juin 1936


La jeunesse de France veut vivre. Vivre, c’est-à-dire combattre, surmonter tous les obstacles et les adversaires, triompher. Pour vivre, il faut avoir un corps. Or, on n’a pas préparé à la jeunesse le corps qu’il lui fallait. Mais il n’est pas trop tard, il n’est jamais trop tard pour la jeunesse.

La honte des gouvernements et des classes dirigeantes qui ont la responsabilité de la France depuis bien longtemps, c’est d’avoir ignoré la jeunesse. N’ayant pas eu, sans doute, personnellement de vraie jeunesse, gouvernants et patrons ne se sont nullement souciés de celle qui montait autour d’eux.

Vous remarquerez que je dis : gouvernants et patrons. Car nous n’allons pas tomber ici dans l’erreur coutumière fatale à l’esprit français, qui fait que les gens de droite rejettent la honte de la France diminuée sur les députés, et les gens de gauche sur les patrons.

Les uns et les autres sont coupables. Ils auraient dû se contraindre ou se dénoncer plus fortement les uns les autres. Si la bourgeoisie voyait la démocratie parlementaire mutiler peu à peu la France, elle avait assez d’intelligence, d’argent, de journaux pour entreprendre une campagne systématique. Si cette campagne avait été suffisamment désintéressée et ardente, elle aurait ouvert les yeux aux Français.

Et inversement, les « gens de gauche » qui crient contre l’égoïsme des patrons n’ont rien fait dans leurs lois qui vraiment protège et sauve la santé, la force des Français.

Les patrons n’ont pas créé assez de maisons neuves, de pouponnières, de crèches, de salles de gymnastique, de terrains de sports, de lieux de vacances pour leurs employés. Ou n’ayant pas su créer comme en Angleterre un grand parti conservateur, actif et entreprenant, n’ont pas su imposer aux pouvoirs publics toutes ces réformes qu’ils auraient couvertes en payant strictement l’impôt sur le revenu.

Tout est à refaire en France pour sauver le corps des Français. Car le corps de l’ouvrier, du paysan, du bourgeois est compromis dès la naissance. On laisse peser sur lui l’atmosphère la plus lourde en Europe. Nulle part il n’y a autant de syphilis, de tuberculose, de cancer, d’alcoolisme.

La maison où il naît est un taudis le plus souvent. Et cela même pour une part de la bourgeoisie et pour les paysans. Les constructions en France sont d’une mesquinerie lamentable. Paris est la ville la plus entassée du monde, après les villes chinoises, et nos paysans n’ont pas encore assez de fenêtres.

Les écoles sont devenues depuis les nouvelles lois des lieux d’abrutissement et de déchéance, avec leurs classes surpeuplées. Les usines et les ateliers, les bureaux ne devraient pas être des lieux laids. Combien y a-t-il d’hommes importants en France qui travaillent encore dans de sinistres « turnes » sans couleur, sans fleurs ? Alors ils croient que ce qui est bon pour eux est assez bon pour les autres.

Il n’y a pas assez d’obligations et de commodités offertes aux gens pour faire du sport. Il faut aller trop loin, ou payer trop cher. De même pour les vacances.

Or, tout cela nous mène tout droit à un désastre en cas de conflit, à la liquidation historique.


Au moment où la démocratie radicale, socialiste et franc-maçonne passe la main et laisse glisser le pouvoir aux entreprises communistes, on peut faire son bilan et dire que du point de vue qui nous occupe aujourd’hui et qui est primordial, elle a tué la France dans son corps.

Après soixante ans de responsabilité, les républicains démocrates, radicaux socialistes (et derrière eux ceux qui les ont laissé faire), laissent une France qui élève chaque année une pyramide de cercueils plus haute que la pyramide de berceaux (proportion de l à 2, par rapport à l’Allemagne, dépassée par l’Italie, par la Pologne, battue dans toutes les compétitions sportives). À Berlin, nous n’existerons pas.

En face de cela, par toute l’Europe, du Nord au Sud et de l’Ouest à l’Est (sauf en Angleterre) sous des régimes qui tendent de plus en plus nombreux et décidés, à l’autorité et à la discipline – fascisme ou communisme – le plus admirable et formidable effort pour réveiller la race humaine, l’arracher au carcan des villes, démolir tout ce qui est étroit et laid et sale, rétablir le contact avec la nature. Songez à tout ce que vous avez vu au cinéma.

Tout le sol de l’Europe retentit au pas rythmé d’une jeunesse en marche. Il n’y a que dans notre coin… Misère.

Jeunes Français, décidez vous. Refusez de mourir, sachez que la démocratie socialiste ne vaut pas mieux que la démocratie radicale et qu’elle l’aura prouvé dans quelques jours.

Interpellez les jeunes camarades communistes et obligez les à arracher honnêtement le masque dangereux et indigne que Moscou leur met sur la figure et qui les fait passer pour les défenseurs de la démocratie.

Non, eux aussi veulent la destruction de cette démocratie parlementaire et capitaliste qui cache derrière l’irresponsabilité de cent ministères l’irresponsabilité d’une bourgeoisie qui profite et qui ne gouverne pas.

Que ce soit entre eux et nous une question de vitesse et d’efficacité. À qui abattra le plus vite ce régime de mort.


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